Comment définir et mesurer l'efficacité des soins pour la peau ?

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En l’absence d’outil de mesure objectif, les consommateurs sont en droit de s’interroger sur l’efficacité des produits de soins cosmétiques qu’ils achètent, parfois fort cher.

S’il est difficile d’évaluer quantitativement en quoi une crème est « merveilleuse » ou « beautifying », on devrait savoir si hydratation, régénération, ou autre assouplissement sont nuls, faibles ou forts. 

Or les marques sont à la fois victimes de la réglementation (qui limite les allégations, même vraies, pour éviter la confusion avec le domaine médical) et parfois coupables de sur-marketing imposé par la loi du profit (absence de toute éthique ou réelle raison d’être visant à l’amélioration de la peau des clients, objectif unique de résultat financier à court terme).

Elles finissent par raconter n’importe quoi, difficile à mesurer.

Les marques qui peuvent éviter la recherche du profit à court terme et tentent tout simplement de proposer les meilleurs produits possibles ne peuvent généralement pas financer des recherches qui permettraient de mesurer objectivement les résultats. Ces études très couteuses sont bio-chimiques (efficacité sur la peau à l’échelle moléculaire) et/ou statistiques (étude en double aveugle de l’efficacité sur un groupe de taille significative, soit plusieurs milliers de participants).

Exit donc l’efficacité mesurée quantitativement…

Par défaut il faut donc se reposer sur une approche qualitative et de bon sens. C’est ce que nous proposons dans une formule simple, fondée sur quatre variables :

Efficacité soin cosmétique
=
qualité formulation
x
qualité des ingrédients
x
quantité d’actifs
x
processus de fabrication

1. Qualité de la formulation

A la fois fruit de la science et de l’expérience, elle est bien entendu capitale. Une formule efficace doit intégrer tous les ingrédients nécessaires à l’effet recherché (hydratation, anti-âge, nettoyage etc.) et assurer un équilibre entre les composants (certaines combinaisons sont neutres, d’autres positives, d’autres négatives).

Sans même entrer à ce stade dans la dimension plaisir (texture et odeur), le formulateur – jadis appelé apothicaire - doit s’assurer que le résultat sera utilisable fonctionnellement, stable et sans effet indésirable. En Europe, le résultat est obligatoirement vérifié par un toxicologue avant la mise sur le marché (pour éviter les risques d’allergies, effets secondaires, vérifier l’évolution de la contamination bactérienne, etc.).

Selon les marques et leur niveau d’industrialisation, seront utilisés les principes d’aromathérapie et de botanique, la chimie légère ou parfois lourde.

2. Qualité des ingrédients

Ne peut être étudiée que la qualité des ingrédients naturels. Comment évaluer la « qualité » d’une molécule de synthèse fabriquée dans une usine ? Connaît-on réellement son impact à long terme sur le corps humain ?

Une même plante peut avoir plusieurs niveaux d’efficacité sur la peau. Il aura le même nom dans la formule et sur la liste INCI affichée. Tel un fruit ou un légume, son apport pour l’organisme change du tout au tout en fonction de la qualité de sa semence, de son exposition éventuelle à des produits phytosanitaires et à la pollution, de la terre qui le nourrit, de l’ensoleillement qu’il reçoit, de l’eau qu’il absorbe, etc.

Ainsi le premier élément de réassurance est la certification biologique : elle garantit que le végétal n’aura pas été soumis à des pesticides et herbicides, qui l’affaiblissent. 

Il existe un second niveau d’évaluation, notamment pour les huiles végétales : ont-elles été pressées à froid (comme une excellente huile d’olive de table) ou raffinées (ce qui affaiblit sa chaine carbonée, supprime une partie des vitamines et des actifs) ? Nous avons consacré un article à ce sujet essentiel

A noter que si les ingrédients biologiques sont de plus en plus indiqués par les marques, ce n’est malheureusement pas le cas du processus d’extraction des huiles.

3. Quantité d’actifs. 

Grand absent de la communication classique de la cosmétique, elle est pourtant essentielle. Quelle part de la formule agit réellement sur la peau ?

A titre de comparaison, la cosmétique conventionnelle, fabriquée en usine, offre autour de 5% d’actifs dans ses formules, le reste se composant d’un mélange d’excipient (texture, parfois pétro-chimique), de fragrances (souvent de synthèse), de colorants (souvent de synthèse) et de conservateurs (toujours de synthèse).

La cosmétique artisanale peut offrir dans ses crèmes et baumes 30% à 99.5% d’ingrédients actifs. La majorité du produit n’y est pas un excipient inutile pour la peau, mais une huile végétale, à la fois texture et actif naturel. Si possible l’eau (sans action) est remplacée par une eau florale (active), ou minimisée.

4. Processus de fabrication

Autre grand absent de la communication cosmétique classique, le processus de fabrication peut totalement changer l’efficacité d’un produit. Ainsi si les ingrédients sont malmenés (trop chauffés, transportés, remués), ils perdront leurs vitamines et tous leurs effets bénéfiques. Comme dans le domaine alimentaire, si la recette est exquise, les ingrédients délicieux, et que le tout est trop mouliné et chauffé, il ne restera rien de bon dans votre assiette, ni en terme visuel (d’où la tentation de rajouter des colorants), gustatif (tentation de rajouter des arômes artificiels), ni pour votre santé (rien à faire, c’est trop tard).
C’est pour cela que nous recommandons des processus artisanaux, l’équivalent cosmétique de la cuisine d’un grand chef étoilé.

 

A ce stade peu de marques peuvent se targuer d’une réelle efficacité, car leurs priorités ne sont pas dans ces 4 variables, mais plutôt :

1. Le coût de revient de la formule

C’est en fait le critère numéro 1 de la cosmétique conventionnelle : comment baisser au maximum ce coût, même d’une fraction de centime, car multiplié des millions de fois, son impact est réel sur le résultat.

Poussé à l’extrême, on termine avec des produits composés presque uniquement d’eau ou d’ingrédients chimiques souvent dérivés du pétrole, fabriqués en usine, pour un coût imbattable… mais sans efficacité sur la peau. 

2. La dimension plaisir

Profitant de la faiblesse bien naturelle des consommateurs qui cherchent des produits agréables, la bataille est féroce pour trouver la texture la plus agréable et l’odeur qui plaira au plus grand nombre.

Là encore, pour maîtriser le résultat, le choix s’orientera vers des ingrédients synthétiques et une fabrication industrielle – et pas forcément vers des plantes, ingrédients vivants et plus difficiles à contrôler.

Résultat absurde à nouveau, avec des produits soyeux au toucher, pénétrants rapidement la peau, et plaisants pour l’odorat… mais sans efficacité sur la peau.

 

Il est impératif que les consommateurs pensent à ces quatre variables au moment de faire leur choix.

Une application comme Yuka permet d’avoir une première idée de la qualité de la formulation (quoi qu’elle sous-note curieusement les formules contenant des huiles essentielles). Pour le reste la seule solution est de faire ses recherches, apprendre à lire entre les lignes, se protéger contre le sur-marketing. 

C’est à ce prix que vous prendrez vraiment soin de votre peau… et de votre portefeuille.